Je suis comme tout le monde : Noël, ça me broie les couilles menu-menu.
J'ai pas été élevée dans la tradition de Noël. Je ne me rappelle que de 2 réveillons, quand j'étais gosse : l'un où j'ai passé la soirée à jouer à mon jeu de plateau Charmed (j'étais gosse j'te dis), un autre où ma mère chialait sa race devant un verre de Loupiac, et mon grand-père qui l'engueulait de sa voix tonitruante, voix dont j'ai paraît-il hérité dès qu'on m'hérisse le poil.
Mais au pire, on s'en bat les couilles de Noël, c'pas pour ça que j'ai le besoin viscéral d'écrire et les mains qui tremblent sur le clavier, au lieu de réviser ce putain de cours d'ergonomie de mes 2 ou de rédiger mon compte-rendu de TP.
Dans mon premier article - que personne n'a jamais, tant mieux peut-être, tant pis sûrement -, j'parlais d'un blob à l'intérieur de ma caboche. J'ai aussi parlé de l'étang stagnant où rôde tout ce que tu as jamais voulu oublié, évité.
En ce moment, je m'y rends. Il fait froid, en même temps je suis bras nus. Le vent me gifle, je ne sens plus mes piercings, j'ai la trouille de lever les yeux rapport à un film qui m'a traumatisé gamine, où une meuf voyait des cadavres flotter dans les branches. J'vois pas à 3 mètres. Mon cœur fait du dubstep, le silence se fait dans ma tête. J'ai envie de vomir. Je distingue la margelle et ses vieilles pierres fissurées, ma peur du vide glisse à l'aide dans mes veines. C'est une drôle de sensation ; comme quand j'ai une migraine, et que seul le jet d'eau de la douche sur mon crâne me soulage.
Sous les feuilles mortes, bouffées par les poissons, il y a des moi. Y'a la gamine meurtrie, la femme qui doute, le sexe qui s'éteint, la mère qui avorte, la vieille qui s'arrache des lambeaux de peau du bout des dents. Certaines sont méconnaissables, c'est leurs yeux vides qui me transpercent l'âme et leurs voix nasillardes qui me susurrent au creux de l'oreille.
J'peux plus bouger. Pourtant, y'a de l'eau là-dedans, je devrais pas sentir le vide.
Je cherche le point de départ. Samedi, quand j'ai appris que ma mère avait mis les voiles. Quand j'ai été trop lâche pour affronter le dragon. Dimanche, lorsqu'on m'a convoqué manu militari en s'attendant à ce que je tombe le futal. Quand j'ai voulu cracher, pour au final simplement laisser couler ma salive sur mon menton. Quand j'ai chialé de rage. Quand on marchait sous le gris du Havre pour trouver un tabac et qu'à l'intérieur, je me sentais mourir, en tournant dans ma tête moi, les cadavres du placards familial, moi, M. Poil, moi, ma pute de belle-mère, moi, l'ex parfaite, moi, l'épitaphe que je laisserai si là, maintenant, je lâchais la corde.
J'comprenais pas le concept avant - mourir à l'intérieur. Depuis quelques temps, bientôt 3 ans en fait, ouais, j'pige beaucoup mieux. C'est assez soudain. Comme une crise de hoquet après avoir trop bu. Et tu te sens pourrir. Les vers grouillent, grignotent des parcelles de peau, te pénètrent, ils sont froids, visqueux, te dévorent.
Dans ces moments-là, rongée par la haine, la culpabilité, la jalousie, la colère, le chagrin, je suis morte. Je ne désire que le désir. J'essaie de combler le vide, mais les vers se jettent sur les substituts comme la misère sur le monde. Substituts, by the way, d'une futilité qui tient de l'incroyable.
Je rêve d'une aiguille, chargée d'encre qui me poignarderait quelques couches de l'épiderme. Qui marquerait ma peau et y graverait ma filiation. Tout ce que j'ai eu, tout ce que j'ai raté. Encore une fois.
Tatts and boobs, what else? Peut-être un vermifuge.

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