mercredi 19 décembre 2012

Devenir femme.



Petite, j'étais une poupée. Les tis jusqu'aux fesses, ma mère m'habillait, me faisait des vêtements, même. Quand je revois les photos, je rage que mon visage se soit autant arrondi, moi qui étais toute en longueur. Par contre, mes yeux sont restés bien trop petits en amande. Des yeux de chinoise, qu'il m'a dit M. Poil quand on s'est re-fréquentés. Pas comme s'il le découvrait, lui qui avait été le premier à m'avoir  vue nue sous toutes les coutures bientôt 5 ans auparavant. Anybref.

Le mercredi ou le samedi, j'allais à Coty avec ma mère. J'ai porté un corset orthopédique de 9 à 15 ans. Ma grand-mère s'est rendu compte, en me voyant sortir de la douche, que j'avais une hanche 2cm plus haute que l'autre, ce qu'est pas vraiment top. Quand je l'ai eu, il me couvrait ce qui allait devenir mon fardeau sur la poitrine et me descendait jusqu'à la moitié du cul. Tu sais comment sont les gosses, à cet âge : j'ai morflé grave. Outre les hahaha tu portes une couche!, cette horreur, les premiers mois, avait pour fermeture un truc en métal, pointu, à glisser dans un des trous. Ça me trouait tous mes fringues. Il me fallait des t-shirts au moins tous les mois. J'ai écumé les étagères de t-shirts de Jenifer, les vieux, avec les nounours à casquettes. Back then, j'adorais ça. Je mettais des jeans taille basse en 34, ouais-ouais.
L'avantage du corset, c'est que tu ne peux absolument pas grossir, et que putain c'que tu pousses. Je me suis mise à dépasser d'une tête toutes les meufs, et aujourd'hui je suis considérée comme grande du haut de mon mètre 70. Mais du coup, j'ai dû refaire ma garde-robe tous les 6 mois.
Sans parler ces merdes de sous-vêtements-sans-couture-sur-les-côtés à foutre en-dessous H24. Hello la canicule.


Un jour, ma mère est rentrée dans ma piaule alors que j'étais occupée à faire copuler jouer avec des animaux en plastique en me sortant tiens, il serait ptet temps de t'acheter des soutifs.
Je sais pas si c'est moi, ou bien si c'est pour chaque meuf : mais bordel qu'est-ce que t'es fière la première fois que tu rentres dans Eram pour t'acheter TA lingerie. Même si c'est du A. Du coup je voulais montrer à tout le monde. N'importe quel prétexte était bon pour sortir de la salle de bain à moitié à poil. Anybref...

Quand j'ai commencé à avoir des nichons à la place des bourgeons, ce qui coïncide avec l'époque où mes hanches ont décidé de doubler de largeur, y'a fallu revoir l'ergonomie du corset. Si t'es une nana, imagine ta poitrine cintrée par un demi-centimètre de plastique alors que tes seins poussent douloureusement. Pareil aux hanches, pile sur chaque os. Outre la douleur engendrée par le port ET le manque de corset, lorsqu'il fallait le laisser plusieurs semaines au prothésiste pour le modifier, j'ai encore dû revoir mon placard.

Je crois que c'est là que j'ai commencé à choisir mes propres fringues. On se foutait toujours allègrement de la gueule, j'avais pas de jogging et j'aimais pas le rose, et je mettais ni gloss ni mascara. Mais j'avais arrêté les nounours dégueulasses de Jenifer pour me mettre à une espèce d'ethnique-plouc. Suite aux conseils de mon oncle, j'avais aussi eu l'idée brillante de recouvrir mes futs de javel, pour la plus grande joie de ma mère.

Je m'étais aussi teint les cheveux pour la première fois. D'abord, j'avais eu droit au fond de décolo de ma mère, et donc à quelques mèches blondes. Après négociation, j'ai pu faire ma première couleur, celle qui m'est restée des années durant, dont je porte encore des reflets incachables même sous du noir aujourd'hui : du rouge. Par la suite, j'ai abandonné mes cheveux pour un carré, puis expérimenté diverses coupes sur tifs mi-longs.
Aujourd'hui, je lutte toujours pour que mes pointes me caressent à nouveau les reins.

J'me rappelle aussi de mes premiers essais maquillage. Ma mère me maquillait, à Noël, à mon birthday, aux concerts. Une fois, j'ai voulu discrètement remettre du crayon (turquoise, I remember) le lendemain matin pour aller au collège. J'me suis fait tuer.
Alors j'ai acheté mon premier crayon khôl et mon mascara. Je me maquillais à l'arrache dans le garage en partant, me démaquillait le midi, me re-maquillait pour la journée, me re-démaquillait le soir. Je faisais un gros trait de khôl noir sous l’œil. That's all. C'était moche.

Puis je suis entrée dans la rebellitude. En plus du make-up, j'enfilais des mini-jupes et d'outranciers décolletés dans le garage. Et des résilles. Je volais le perfecto de ma mère. J'ai sauté de ma fenêtre pour darasser. J'ai été arrêtée plusieurs fois pour vol. J'ai rencontré M. Poil. On s'est séparés pour des conneries. A l'heure qu'il est, je les regrette encore. J'ai perdu une pote parce que son mec m'a fait des trucs en concert. J'ai baisé comme une dingue. J'étais jamais chez moi.

Je suis tombée éperdument amoureuse, plusieurs fois. On s'est foutu de ma gueule ou bien on m'a aimé en retour. J'ai fait des coups de pute comme on m'en a fait. J'ai fait de grands projets avec quelqu'un qui n'était pas pour moi. Tout était drapé dans le mélodrame de l'adolescence.

Puis je suis partie chez mes grand-parents. J'ai appris à me maquiller. J'enfile des t-shirts homme en XL à défaut d'oser mettre ce que je rêve de porter. J'ai passé mon bac. J'ai vécu ma première année de fac en cité universitaire et j'ai cru mourir. J'ai retrouvé M. Poil l'été. On s'est retrouvés. On habite ensemble et on découvre un peu la vraie vie. Je me suis mise à cloper. J'ai appris que j'avais du cholestérol. Ma famille me considère comme une jeune femme, M. Poil comme une femme tout court.

Tout ça pour dire que j'ai claqué 200€ à Yves Rocher et Sephora. Je m'en serais jamais cru capable.

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